La peur

La peur est un état physiologique naturel. C’est une émotion que l’on ressent au moment de la prise de conscience d’un danger réel et concret. Par exemple, je conduis la nuit à proximité d’une forêt et, tout à coup, je vois détaler un sanglier juste devant ma voiture. Donc, subitement je suis face à un danger réel, et j’ai peur.

Ou alors, j’ai peur parce qu’il y a la perspective d’un danger. Par exemple, il y a une restructuration actuellement au sein de l’entreprise qui m’emploie. Au même moment, je suis convoqué par la DRH : cela peut réveiller la peur de me retrouver au chômage.

On peut donc définir la peur comme un instinct de conservation, provoqué par l’analyse du danger et qui va permettre de le fuir ou le combattre.

Autrement dit, la peur est une émotion « signal d’alarme », qui survient en cas de danger et qui vise à déclencher une réponse adaptative pour nous sauver la vie. C’est d’ailleurs très certainement l’une des émotions les plus anciennes du monde animal.

La peur correspond à un instinct de survie qui permet aux animaux d’éviter des situations dangereuses pour eux-mêmes ou pour leur progéniture. Le principal objet de peur pour un animal est typiquement la présence d’un prédateur.

La complexité de l’esprit humain a néanmoins transposé cette émotion et l’a dirigée vers des situations et des objets aussi divers que peuvent l’être les activités humaines.

Ainsi, la peur peut aussi désigner une appréhension récurrente liée à des situations déplaisantes. Il peut alors être question de phobie, c’est-à-dire une réaction de peur systématisée face à un stimulus précis.

Exemples : la claustrophobie (la peur d’être enfermé), l’acrophobie (la peur du vide souvent ressentie en hauteur), l’arachnophobie (la peur des araignées, des scorpions, des acariens), l’agoraphobie (la crainte des lieux publics), etc.

Comment la peur se manifeste ?

Chez l’être humain, elle peut se manifester par des tremblements, une augmentation du rythme cardiaque, un écarquillement des yeux et une perturbation du rythme respiratoire. Ces différentes manifestations sont essentiellement dues à la sécrétion d’adrénaline, principale hormone de la peur.

Dans certains cas, une peur soudaine peut provoquer le besoin de pousser un cri. Elle peut aussi provoquer une paralysie momentanée partielle ou parfois complète, allant jusqu’à une perte de conscience. Une peur violente peut provoquer une perte des cheveux pigmentés ne laissant apparaître que les cheveux blancs. Elle peut aussi provoquer un palissement de la couleur de la peau, d’où l’expression « être blanc comme un linge » ou « vert de peur ». On dit aussi que la peur provoque l’horripilation, communément appelée « chair de poule ».

Ce sont les manifestions principales, il y en a d’autres…

D’après différentes études, les peurs les plus communes incluent les fantômes, l’océan, l’existence de pouvoirs maléfiques, les cafards, les araignées, les serpents, les hauteurs, l’eau, les espaces restreints, les tunnels, les ponts, la conduite, les aiguilles, le rejet, l’échec, l’orage, les évaluations, les examens, les discours publics, les souvenirs de guerre, la mort, les clowns, le succès, l’intimité, le vol et les hauteurs.

Le vocabulaire de la peur est immense et la classe sémantique qu’il constitue est très fournie : affolement, affres, alarme, angoisse, appréhension, aversion, couardise, crainte, effroi, épouvante, frayeur, frisson, frousse, hantise, inquiétude, lâcheté, malepeur, panique, pétoche, phobie, répulsion, saisissement, douleur, terreur, trac, trouble, trouille, etc.

Selon Donald Winnicott, si la mère est « suffisamment bonne » avec son bébé, un vrai self peut s’instaurer progressivement, sans sentiment de mise en danger pour le bébé. Si au contraire, le bébé se retrouve face à des situations difficiles et un environnement défaillant, c’est un sentiment d’insécurité intérieure qui va s’installer. Si le parent ne remplit pas la fonction de « Moi auxiliaire » auprès de son bébé pour lui permettre d’expérimenter l’état de toute-puissance, de dépendance absolue nécessaire à sa construction, un faux self et des mécanismes de défense vont commencer à s’instaurer, avec une fonction protectrice contre le sentiment de danger et des pulsions destructrices. A ce moment-là, l’enfant va rencontrer de grandes difficultés pour accéder au monde de la symbolisation.

Du côté de l’anxiété

La distinction entre anxiété et angoisse n’est pas toujours facile à déterminer.

L’angoisse est définie comme une peur devant un danger qui reste inconnu, indéterminé.

L’anxiété, elle, est définie comme un état psycho-physiologique désagréable qui se manifeste sans objet apparent. Nous nous inquiétons pour un danger indéterminé que nous imaginons. Par exemple, quelque chose de mal va m’arriver si je rentre à la maison tard le soir.

Donc on voit que ces deux notions sont assez similaires. Cependant, les troubles de l’anxiété se caractérisent par un sentiment de danger, d’insécurité ou de vulnérabilité personnelle, souvent plus intense que celui de l’angoisse et de plus longue durée.

L’anxiété est une réaction utile et saine de notre organisme face aux différentes sollicitations de l’environnement. C’est tout à fait naturel de s’inquiéter pour ses enfants, pour un examen ou une intervention professionnelle, pour ses obligations financières ou un événement heureux comme la naissance ou le mariage. On a envie que tout se passe pour le mieux.

Toutefois, l’anxiété peut devenir pathologique lorsqu’au lieu d’aider la personne à mobiliser les ressources pour faire face à la situation angoissante, elle bloque ses capacités d’agir. Dans ce cas, l’anxiété impacte la vie quotidienne de la personne, de son entourage, et crée de la souffrance psychologique et physique.

On parle d’un trouble anxieux lorsque l’anxiété devient une source de souffrance et de détresse qui empêche le bon fonctionnement d’une personne.


Selon Sigmund Freud, l’anxiété résulte d’un conflit mental. Ce serait comme une « transformation toxique » de nos énergies, d’une part qui a besoin de certaines choses qui ne peuvent être ni atteintes, ni satisfaites. Également d’obsessions que nous cachons souvent et qui véhiculent en nous des peurs injustifiées, ou même l’ombre persistante de certains traumatismes enfouis.

Pour en sortir, il faudrait donc pouvoir effectuer un travail de symbolisation ; par exemple, une cure psychanalytique en Rêve éveillé.

L’annonce de la maladie peut aussi constituer une expérience extrême. Une personne est prise dans l’effroi, l’horreur de la rencontre avec l’événement traumatique qui la méduse, qui déchire le voile du fantasme et met à ciel ouvert la pulsion. À ce moment-là, la sidération laisse la parole sans voix. La personne concernée se trouve brutalement renvoyée à sa détresse originelle.

En résumé :

  • La peur se manifeste par des comportements spécifiques d’évitement et de fuite.
  • L’anxiété est le résultat de menaces perçues comme étant incontrôlables ou inévitables.
  • L’angoisse, semble être une forme d’anxiété plus intense, un malaise psychique et physique né du sentiment de l’imminence d’un danger, caractérisé par une crainte diffuse pouvant aller jusqu’à la panique.
  • La panique est donc une crise d’angoisse aigüe.
  • La terreur est une forme très prononcée de la peur, une sensation de danger imminent. La terreur peut conduire une personne à des choix irrationnels ou à un comportement atypique, notamment en cas de phobie.
  • L’effroi désigne un état qui survient lorsqu’on se retrouve en grand danger par surprise.


On peut donc classer ces différents états selon un critère d’intensité croissante : la peur, l’anxiété, l’angoisse, la panique, la terreur et l’effroi.

Du côté de Carl Gustav Jung

Pour Jung, la peur fait partie de notre part d’ombre. L’ombre représente ce que nous avons refoulé dans l’inconscient par crainte d’être rejetés par les personnes importantes de notre vie : nos parents, nos éducateurs et, d’une façon générale, la communauté dans laquelle nous avons grandi.

Ces parties reléguées de nous-mêmes peuvent paraitre redoutables ou honteuses. Elles se manifestent souvent sous forme de peurs, de jugements, de rejets ou de projections, et sont à la base des préjugés sociaux et moraux. Pourtant elles sont riches en potentiel si nous apprenons à réunir et pacifier des aspects de soi qui semblent contradictoires.

La connaissance du concept de l’ombre est un outil d’acceptation qui permet de consolider la confiance en soi, de pratiquer l’ouverture, la bienveillance et la créativité, qui sont les bases de saines relations. C’est aussi un outil majeur pour comprendre la dynamique de beaucoup de conflits familiaux et en entreprise.

Pour Jung, la peur du vide est habitée par la peur de la mort, qui concerne autant le corps physique que le Moi. Le rôle central de l’angoisse de mort, reconnu par Jung, est étudié dans la psychopathologie, puis dans la pratique méditative. Cette peur y détermine des conduites d’évitement, des résistances et des décompensations à divers niveaux. Sa guérison mène à la « bénédiction du vide », fruit de la contemplation des mystiques d’Orient et d’Occident, où le dépassement du Moi permet d’accéder à « la plénitude du vide ».

« Trouvez ce dont une personne a le plus peur et vous saurez de quoi sera faite la prochaine étape de sa croissance. » C.G. Jung

Du côté de Jean-Marc Henriot, psychologue, psychanalyste

La peur peut être le revers d’un désir

On parle d’un désir interdit contre lequel les mécanismes de défense se dressent, la peur indiquant qu’il y a un danger de quelque chose qui pourrait venir au conscient et qui bouleverserait l’équilibre acquis antérieurement. Par exemple : « pourvu que je ne sois pas malade ». Cependant, une part de moi souhaite être malade, soit parce que je suis vraiment coupable et que je dois être puni, soit parce que cela me sortirait de telle ou telle situation que je ne veux pas remettre en question.

Dans ce cas, plein de peurs et de phobies, même si elles semblent justifiées, seraient liées à des fantasmes inconscients, interdits de reconnaissance. Reconnaître ces fantasmes, puis les traiter (leur source de ceux-ci, leurs besoins, etc.), amènerait alors à la disparition de la peur-symptôme.


La peur peut être liée à l’action intérieure d’une partie toxique

Par exemple une imago parentale interne, mauvaise, qui distribue à plaisir des idées inconscientes destinées à dévaloriser, à menacer, à mettre en danger, etc.

Lorsqu’on est en cure Rêve éveillé, cette partie pourrait être aperçue dans les Rêves éveillés, comme un danger terrifiant. Dès lors que la personne peut accepter l’idée que ce terrible monstre est une partie d’elle-même, faisant référence à l’introjection de l’agresseur, installé dans le psychisme et fonctionnant en toile de fond.


La peur peut être un « jeu » destiné à justifier une position de vie

Par exemple, la peur a pour fonction à la fois de justifier l’immobilité et l’interdit du désir, et à la fois la fonction de remplir d’intensité et d’affects une vie désertée ; désertée du fait d’intenses défenses contre les pulsions. Au moins, la personne vit quelque chose d’intense. Avec l’idée suivante : à quoi sert le symptôme ? Quelle est la recherche « positive » située derrière ? Quelle est son utilité ?


La peur peut aussi être un jeu manipulatoire

Je suis tellement en danger, tellement la pauvre victime : « Viens à mon secours, je t’en prie… Et je te montrerai que tu es nul et que tu n’y arrives pas », par exemple.

Puis, nous pouvons penser à toutes les peurs et tous les vécus traumatiques exprimés par les patients dans les cures. Certains traumatismes ont représenté réellement une fracture inattendue et imprévisible, et la survenue de cette fracture de l’appareil psychique est effectivement liée à l’extérieur (lors d’abus sexuel, d’accident, d’attentat, etc.).

Dans ces cas-là, parfois, la peur aurait pu éviter l’action extérieure perturbante, par méfiance vis à vis de celui qui se révèlerait agresseur. Mais on voit aussi que le même acte traumatique subi ne provoque pas les mêmes dégâts intérieurs suivant l’état du psychisme de la personne au moment où ça se passe.

En tout cas, la majorité de nos peurs est à relier à ce qui se passe à l’intérieur de nous et sont plutôt à traiter comme des peurs-signal qui signifient que quelque chose lutte en nous. D’où l’intérêt de s’en saisir et de travailler avec. La peur devient alors aidante, et non plus quelque chose de subi par nous.


Conclusion

Pour les « même pas peur », il semble important de s’ouvrir à l’idée que, peut-être, une petite part de soi, quelque part au fond, pourrait avoir peur.

Car ces peurs, peut-être enfouies, ne seraient-elle pas finalement le reflet d’un manque de solution pour leur faire face justement. Et d’être obligés de les faire totalement disparaître du paysage pour arriver à faire avec. Dans ce cas, on peut imaginer sans peine qu’une somatisation tiendrait lieu, alors, de décharge de cet affect tellement redouté.

Grâce à un accompagnement, nous pouvons travailler ensemble tous ces aspects pour voir comment vous pouvez gérer au mieux les peurs, ne pas les mettre sous le tapis, et tenter d’en faire plutôt de précieuses alliées à votre service.

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